Bon Air

 

Le point fort de Bruce Brubaker est de comprendre et réinterpréter la musique de Philip Glass. Il entretient une relation particulière avec ses compositions, encouragé par le critique de musique et producteur américain Tim Page (Pulitzer Prize 1997) qui a introduit Bruce Brubaker à la musique de Philip Glass. Depuis ce jour, soit plus de 20 ans, Brubaker et Glass se sont rencontrés à plusieurs reprises pour évoquer ces reprises et c’est alors installé chez Bruce une profonde compréhension des intentions intimes et des particularités de Philip.



Dans Codex, le pianiste américain Bruce Brubaker confronte la seconde des Etudes pour clavier de Terry Riley (1965) et les pièces du Codex Faenza, manuscrit du XVe siècle qui est l'un des tout premiers recueils de musique pour clavier. Scellant la primauté de l'interprète-créateur et l'effacement du compositeur, ce va-et-vient invite à un voyage à la fois intemporel et éminemment actuel.

 

Aujourd'hui, le pianiste américain Bruce Brubaker (né en 1959) entreprend de faire le lien entre les mondes, et de faire revivre simultanément ces sources – le terme semble ici tellement approprié – distantes de 550 ans en les entrelaçant sur un même disque. Des sources dont, par un jeu poussé sur les textures, il tente de rendre audibles les différences – la dimension presque déclamatoire, rythmiquement instable, du Codex Faenza contrastant avec les ostinatos très métronomiques de Riley – aussi bien que les similitudes, notamment leur ambiguïté rythmique : dans le Codex Faenza par exemple, l'instrumentiste est libre de déterminer les interventions de la main gauche, et donc la part de dissonance que la pièce va comporter. Des sources qui, surtout, ont en commun de permettre un nombre infini de « lectures » – terme que Bruce Brubaker préfère à celui d'« interprétation ». « Plutôt qu'un recueil de compositions, le Codex Faenza est pour moi presque un recueil d'¨enregistrements¨, au sens où il fixe un événement qui s'est produit à un certain moment. Il nous ramène aux origines de l'écriture musicale : la musique a précédé l'écriture, et si l'on a commencé à la noter, à l'origine, c'était avant tout dans le but de préserver quelque chose qui existait déjà, de fixer sur un support ce qui avait cours dans le domaine d'une pratique musicale où l'improvisation occupait une part importante – et non de créer quelque chose ex nihilo, comme le veut la vision romantique du compositeur.... De même, Terry Riley, dans sa partition, fournit un ensemble de matériaux sans dire ce qu'il convient d'en faire. Dans les pièces du Codex Faenza comme dans l'Etude n° 2, l'autorité du compositeur n'est pas une composante essentielle de la musique. Ce serait presque le contraire : on peut dire que l'identité de ces pièces repose sur l'absence du compositeur... ».

Dans Codex, six « versions » possibles de l'Etude pour piano n° 2 de Terry Riley alternent ainsi avec des pièces extraites du Codex Faenza. Fasciné depuis toujours par cette musique « tellement ancienne qu'elle paraît presque absolument neuve », Bruce Brubaker était également convaincu qu'elle sonnerait très bien sur un piano moderne, qui permet notamment de faire durer le son. Car ce qui est en jeu ici, c'est bien la question du temps, de son écoulement. La main droite très fournie et ornementée évoque la précipitation du présent, tandis que la main gauche, dépouillée et minimale, déploie une autre temporalité, plus lente et plus vaste. Plus encore que de relier les mondes – l'ancien et le nouveau, l'Europe du Bas-Moyen Âge et l'Amérique des sixties, le populaire et le savant –, le propos de Brubaker est ici de relire ces bréviaires de liberté pour en extraire la substantifique moelle : une musique qui, par essence, est celle de l'instant présent